Je me demande parfois si ma place dans ce monde signifie encore quelque chose. Si ce pays est un défi à relever, ou si le monde est simplement fait ainsi, condamné à tourner sans se soucier de ce que j’en pense.
Bonne année à tous. Nous sommes en 2013, et il m’a fallu une insomnie pour mesurer ce que cela représente vraiment. Le monde a beau avancer, la terre a beau continuer sa ronde comme une danseuse enfermée dans sa boîte à musique, rien ne garantit que le mouvement soit un progrès. Un jour viendra peut-être où tout ce que nous avons semé nous reviendra au visage. Certains appellent cela le jour du jugement. Moi, j’y vois surtout le résultat logique de notre égoïsme, de notre cupidité, de ce monde que nous avons fabriqué et que nous prétendons ensuite mépriser.
Il est 3 h 30 du matin, et je ne sais toujours pas ce que je ferai demain. Mon esprit reste troublé par la situation du pays. Je ne parlerai ni des politiciens corrompus ni de l’économie, car tout cela, au fond, n’est que la surface visible du mal. Ce qui m’importe davantage, c’est la dégradation de la vie sociale, ce quotidien pourri que nous finissons par trouver normal.
Le plus grave n’est pas seulement ce que détournent les dirigeants, mais ce que nous tolérons nous-mêmes. Qui faut-il blâmer, sinon nous ? Car nous sommes aussi les acteurs de notre propre misère. Après tout, de quoi est composé le gouvernement, sinon du peuple lui-même ? Quand tout le monde vole, trafique, escroque en prétendant ne nuire qu’à “l’État”, il faudrait encore faire semblant de ne pas comprendre que cette destruction nous vise tous.
Nous sommes les témoins d’une anarchie que nous avons nous-mêmes laissée s’installer. Et chacun préfère montrer son voisin du doigt plutôt que de regarder ce qu’il entretient lui-même. Le pays évolue, dit-on. Mais dans quel sens ? Est-il normal, en 2013, de croiser encore des enfants ramassant le plastique dans les ordures ? Est-il normal qu’un pays comme le nôtre compte encore des enfants non scolarisés, des analphabètes, des vies déjà brisées avant même d’avoir commencé ?
Cette terre, salie par le sang de nos ancêtres, que nous aurions dû relever, souffre aujourd’hui d’un mal plus profond que tout ce qu’elle a connu. Une tumeur morale qui s’étend en silence et ravage tout sur son passage. Cette maladie ne vient pas seulement d’en haut. Elle vit aussi en nous. Et seule une véritable prise de conscience pourrait encore nous sauver.
Nous connaissons tous la vérité, mais nous refusons de la reconnaître. Le secret le mieux gardé est souvent celui que tout le monde connaît. Car voir clair nous obligerait à agir. Et c’est peut-être cela qui nous effraie le plus. Non pas la peur des années noires, celle qui empêchait de vivre, mais une autre peur : celle de reconnaître nos responsabilités et de ne plus pouvoir fuir derrière les excuses.
Il faudra bien, un jour, mettre fin à cette mascarade. Devenir enfin un peuple capable de regarder ses propres fautes, d’affronter ses véritables problèmes, et de les arracher à la racine.
Laubodile.

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