Page blanche

J’ai voulu écrire, mais vouloir ne suffit pas.
Alors j’ai voulu apprendre, mais connaître n’est souvent qu’une autre forme de souffrance.

Le monde m’avait rejeté, et pourtant c’est moi qui ai douté.
Le sens a disparu, comme si Dieu avait tout emporté avec lui.

J’ai voulu aimer, mais personne n’était là.
Alors j’ai inventé.
J’ai voulu fuir la réalité, mais elle fait partie de moi.
J’ai cherché ma dignité, mais je ne l’ai jamais trouvée.

Une page blanche décrit très bien ma vie.

Je marche sans savoir où je vais.
Je cherche la vie, mais je ne la trouve que dans la mort.
Au moins, la mort ne ment pas.

Je croise des gens.
Des visages creux, des voix qui parlent beaucoup sans rien dire.
Ils me suivent, me regardent, me collent.

Je fuis.
Je cours.
Mais ils sont partout.

Alors je m’approche d’eux…
et je me heurte à un miroir.

Ils ne sont pas les autres.
Ils sont moi.

Toutes ces versions de moi que j’ai portées un temps.
Toutes ces vies que j’ai abandonnées.

Et derrière elles, il y a toujours cette page blanche.

Cette page blanche qui est ma vie.

Je la regarde pour laisser mourir mes croyances.
Pour vider ce que j’ai accumulé.
Pour retrouver ce qui reste de moi.

Chaque fois que j’y reviens, je retrouve des fragments.
Des morceaux oubliés.
Des restes de ce que j’étais.

Et la page me parle.

« Je ne suis pas tout », dit-elle.
« Mais je peux te porter. »

Désert blanc.
Je n’ai plus d’autre royaume.

Elle reçoit mes ruines.
Elle garde mes morts.
Elle me façonne.

Elle est ma mère.

Et moi, je reviens toujours vers elle.

Laubodile.

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