L’offre et la demande
Je comprends l’indignation devant le massacre qui a eu lieu à Paris. J’imagine que tout le monde s’est posé la même question : pourquoi ? Pourquoi cette haine qui pousse à tuer des journalistes ? Parce qu’ils ont dessiné un prophète. Parce qu’ils se moquaient d’une religion. Je comprends tout cela, mais je comprends aussi les répercussions qu’une barbarie peut avoir, surtout dans notre monde à nous, où l’on essaye d’instrumentaliser tout ce qui bouge, tout ce qui existe, pour qu’il réponde à nos attentes. L’islam, par exemple, une religion de paix, mais que l’on instrumentalise pour soumettre les hommes et les femmes, que ce soit dans l’Orient ou dans l’Occident.
Cette religion fait maintenant peur au monde entier, mais pourquoi ? La réponse est simple : quand une atrocité est commise, tout le monde cherche un coupable. Ok, mais pourquoi accuser une religion, une race ou une communauté, quelle qu’elle soit ? Parce que cela facilite les choses, tout simplement. Parce que la vérité n’est pas simple à dire au peuple et qu’elle risque d’être mal comprise. Surtout quand nous avons en face de nous un peuple qui cherche un coupable pour tous les malheurs qu’il vit au quotidien, un peuple qui simplifie tout juste pour ne pas avoir à réfléchir par lui-même, parce qu’il pense qu’il y a sur cette terre des gens qui sont payés pour réfléchir et qu’il n’en fait pas partie.
Si un musulman est bon envers son prochain, alors l’islam est une bonne religion. Mais si un musulman tue juste pour tuer, alors l’islam est une religion barbare. Si un Arabe est con, alors tous les Arabes sont cons. Si un Algérien est misogyne, alors tous les Algériens sont misogynes : voilà le raisonnement que l’on tente de nous imposer. Pourtant, la vérité n’est pas très compliquée quand on veut bien lui donner sa chance. On ne peut incriminer une religion parce que certains tuent en son nom. Ce n’est pas la religion qui doit porter les conséquences des actes humains, qu’ils soient barbares ou pacifiques. Chaque être humain est né libre de ses actes et doit assumer cette loi naturelle que l’on appelle la causalité.
Tout comme une religion peut être interprétée de travers, les actes comme celui-ci peuvent être soumis à ce raisonnement qui consiste à tenter de me pousser à penser que ma religion est peut-être mauvaise, ou que ma race est le problème. Mais je ne suis en rien responsable des actes des autres, je n’ai à répondre que de mes propres actes. Ce n’est pas ma religion qui a tué des innocents, ce n’est pas ma race qui porte une déficience génétique qui pousse à la monstruosité, ce n’est pas ma nationalité qui oblige à l’incivilité.
La France a saigné et continue de penser que l’attaque vient de l’extérieur. Elle cherche le coupable, mais ne le trouve pas. Alors elle accuse la religion, l’immigration, et elle continuera à accuser tout ce qui ne peut se défendre. Car la religion n’est pas une entité vivante, elle ne peut répondre à de telles accusations. Ce qui veut dire que le but de ces accusations vise directement les musulmans, car ils sont les seuls représentants de cette religion. C’est leur façon d’attaquer et d’inciter à l’islamophobie sans qu’ils doivent répondre de leurs actes hypocrites et mesquins. La France ne reconnaît toujours pas son erreur. Elle laissera entendre que les immigrés ne se sont pas intégrés et qu’ils se comportent comme des ennemis de la République. Elle laissera aussi entendre que c’est à cause de l’islam, que cette religion prône la violence et l’intolérance, et qu’elle ne respecte pas les principes fondamentaux du pays. Le problème vient toujours d’ailleurs quand nous avons affaire à des personnes qui vivent dans le déni. Et c’est bien évidemment eux qui feront toujours le buzz. « Ce n’est pas moi », disent-ils, « c’est l’autre ». D’après eux, c’est toujours l’autre. Ils ne sont responsables de rien, ils ne font que subir la méchanceté gratuite de ces ingrats d’immigrés, qui vivent aux dépens des autres et leur crachent à la gueule.
Voilà de quelle France je parle. Un pays qui n’assume pas son passé et surtout les conséquences de celui-ci. Ces bâtards qu’elle prétend porter comme un poids lourd n’ont pas demandé de voir le jour dans ce pays qui ne supporte même plus leur existence. Ils y sont nés, voilà tout. Par quelle magie voulons-nous qu’ils intègrent un pays qui ne cesse de leur fermer la porte au nez ?
Les médias les présentent comme des jeunes de banlieue qui se sont radicalisés en intégrant l’islam. Ils jouent avec la vérité, comme toujours, car ces jeunes ne se sont pas radicalisés en intégrant une religion, mais ils ont eux-mêmes radicalisé leur religion. Ils ont grandi dans des appartements, ont été éduqués par la télévision, ont évolué par le biais de cette dernière, laquelle, depuis leur jeune âge, les insulte indirectement. Tout ce qu’ils font depuis leur jeune âge est critiqué, contesté par des pseudo-intellectuels, des politiciens qui les utilisent comme appât pour attirer le reste du pays sur eux, et ils ne cessent de les montrer du doigt pour excuser leur médiocrité dans le rôle qu’ils jouent. Mais ces jeunes n’ont pas choisi d’être dans des banlieues, ils n’ont pas choisi d’être stigmatisés par toute une société. Mais arrivés à l’âge adulte, ils ont fait le choix de donner un sens à leur vie, à leur existence, et ils n’avaient à leur portée que la religion. Pour certains, c’était la religion de leurs parents ; pour d’autres, celle de leurs amis, connaissances, des personnes qu’ils respectaient. Mais au fond, ils ont tous choisi la religion qui était stigmatisée par la société, une religion qui acceptait tout le monde sans distinction et qui leur ressemblait, car elle symbolisait ce qu’ils avaient toujours connu en eux-mêmes : le rejet par autrui. Ils l’ont intégrée et en ont fait leur arme de vengeance, pour tout le mal profond, invisible, qu’ils avaient subi. Ils l’ont refaçonnée comme on leur a appris à le faire, pour la soumettre à leurs propres besoins. Le déni, voilà notre problème. Leur façon de penser n’est pas différente des autres, ils utilisent le même processus de réflexion qu’on leur a appris depuis leur enfance. Ils ne vont pas à la recherche de la vérité, ils sélectionnent leurs propres vérités, les inventent. Leur interprétation du monde est guidée par leurs sentiments, leurs frustrations. Sont-ils réellement différents des autres ? Leur manière de raisonner leur a été dictée par le monde qui les entoure, par un monde qui les a soumis à ne rester que des moins que rien. Même s’ils choisissent le spiritualisme, ils ont gardé cette image d’eux-mêmes qu’ils détestent tant. Personne ne cherche à comprendre ce qui a poussé des jeunes Français à se transformer en barbares. Sont-ils réellement dérangés ? Si vous pensez que oui, alors vous l’êtes aussi, vous réfléchissez de la même manière que les monstres que l’on vous présente et qui sont censés vous terroriser. Vous faites autant qu’eux abstraction de la réalité. Vous n’allez pas à la recherche de la vérité, mais de votre vérité. Vous dites tous qu’il ne faut pas tomber dans le piège des amalgames, mais c’est trop tard. Il n’y a pas de fumée sans feu, et à cette heure la forêt a été dévastée par les flammes.
Je ne dénonce pas seulement les actes de certains, mais aussi le manque de sens dans la réflexion du monde qui nous domine, et surtout des élites, qui en sont pour moi les premiers responsables. Le déni d’une réalité qui ne cesse d’essayer de nous prouver par nos échecs que l’on se trompe lourdement de cible. Le danger réel de la France n’est pas une religion étrangère, ou des étrangers mal intégrés, mais bien notre manière de réfléchir, qui nous soumet aux a priori, préjugés et amalgames qu’on ne cesse de soi-disant dénoncer tout en sachant qu’on les alimente.
Alors oui, je ne suis pas Charlie. Je n’accuse personne d’autre que les meurtriers eux-mêmes. Je ne suis pas Charlie, parce que je n’ai jamais accepté l’acharnement de Charlie Hebdo contre l’islam. Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre. Charlie était un journal dans l’extrême, qui a été attaqué par l’autre extrême. Et cette hypocrisie que nous avons face à une atrocité, à tenter de faire les indignés d’un acte qui n’est en réalité que la conséquence d’une guerre que Charlie Hebdo avait intégrée en connaissance de cause, n’est que la preuve de notre total déni de la réalité.
Je ne suis pas Charlie, je ne suis pas extrémiste, je suis Ali.
Laubodile.

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